Comment savons-nous qui nous sommes ?

Comment savez vous qui vous etes

Construire notre estime de soi

Lorsque nous disons « Je », nous faisons référence à ce que nous savons de nous-mêmes à un instant « T » de notre vie. Mais comment se construit cette connaissance et comment évolue-t-elle au fil du temps ? Je vous rends compte là de données riches, mais qui coupent court à l’idée commune et simplette de la façon dont nous pensons nous connaître…

Traiter l’information sur soi alors que nous ne cessons pas d’évoluer est facilité par un sentiment de stabilité de soi que nous nous auto-créons car nous n’aimons pas vivre la dissonnance. Pour cela, nous mobilisons dans une circonstance vécue uniquement les informations en mémoire sur nous-mêmes qui sont en lien avec la situation, c’est ce que la psychologie nomme le concept de travail du soi. Nous sommes aussi capables de réécrire nos souvenirs pour augmenter la perception subjective de cohérence avec cette situation, la psychologie nomme ce deuxième concept la tendance à la reconstruction biographique. Pour ce « travail du soi » et notre tendance à la « reconstruction biographique » nous organisons l’information sur nous-même sous la forme de grandes catégories thématiques dans notre mémoire au sein desquelles nous puisons en permanence pour définir les dimensions de nous-même. Cette façon d’archiver l’information en mémoire nous permet donc de retomber sur nos pattes par le sentiment de stabilité de soi… (Ex : un bon élève est susceptible de constituer un schéma de soi en rapport avec les standards de la réussite scolaire. Il construira la perception qu’il a de lui-même par rapport à ces standards, il agira en conséquence. En empruntant toujours les mêmes références pour s’identifier, son « travail du soi » et sa « construction biographique » orienteront « l’information du soi » pour entretenir le maximum de « stabilité du soi » pour concevoir sa place dans ce contexte scolaire).

Nous faisons nous-mêmes la pluie et le beau temps !

Pour mieux comprendre comment la façon dont nous nous définissons influence nos pensées, nos comportements et nos sentiments, il est nécessaire de décrire les quatre grandes motivations qui pilotent l’organisation cognitive de soi. Nous avons vu celle de maintenir une image de soi stable que nous appelons aussi « consistance de soi » de façon à vivre le moins possible de dissonances. Nous maintenons aussi la meilleure image possible de soi via la valorisation de soi dès que cela est possible, notamment au travers de la reconnaissance sociale ou de l’auto complaisance. Nous cherchons à développer des connaissances de soi les plus exactes possibles par l’évaluation de soi, surtout en empruntant aux standards de références du groupe social auquel vous vous identifiez ou par la comparaison sociale en générale. L’amélioration de soi nous pousse à nous rapprocher de ce que nous devrions ou voudrions idéalement être, nous gardons en nous malgré tout l’empreinte d’une pulsion de vie pour garder notre place.

Nous sommes prêts à tout pour garder la face !

Mais si l’on regarde de plus près ces mécanismes de construction de l’information de soi, il apparait que nous cherchons la vérité sur soi en privilégiant ce qui nous est agréable et ce qui nous parait modifiable. Nous pouvons donc facilement justifier nos erreurs en pratiquant le biais d’autocomplaisance. Nous pouvons privilégier des conduites visant à préserver cet estime de soi, par exemple en se comparant à des personnes que l’on sait du rang inférieur à ce qui nous intéresse. Cela nous arrange bien. Dans cet élan de préserver la face, on peut aller jusqu’à se désidentifier psychologiquement de certains domaines pour ne plus se sentir motivé intrinsèquement à l’égard de ces domaines desquels nous nous sentons rejetés ou pour lesquels nous voyons clairement que nous ne serons pas capable. Il est également possible que nous changions subitement nos connaissances centrales de nous-mêmes lorsque nous traversons une expérience de dissonance entre ce que nous devons produire en société et l’image que nous avons de nous-mêmes à ce moment précis. Vous le comprenez, nous sommes bien armés psychologiquement pour nous trouver des excuses afin de préserver notre face !!!

La recherche démontre aussi que notre estime est la conséquence de nos actions, et non l’inverse. Nous voyons donc que l’auto perception subjective de nous-même et le maintien de la stabilité de soi sont susceptibles de créer facilement des autohandicaps augmentant la probabilité d’un échec, le maintien de conduites inadaptées, et donc l’aboutissement à des attributions erronées de causes de nos actes. Il est illusoire de valoriser artificiellement l’estime des individus avant de le relier aux résultats de nos actions (ex : Inefficacité de dire à une personne qu’elle possède toutes les capacités pour une action qu’elle n’a pas encore réalisée).

Encourager sert-il vraiment à quelque chose ?

Le « soi » est révélé par la recherche psychosociale comme un construit social influencé par autrui et les contextes. Cette recherche avance que les attentes d’un observateur influencent le comportement d’une autre personne par le modelage de son propre soi (c’est ce phénomène psychologique et sociale qui entraîne l’autoréalisation des prophéties et des prédictions que l’on peut vous faire). Elle montre également qu’un individu membre d’un groupe social stigmatisé peut intérioriser des connaissances de soi négatives confirmant ainsi les stéréotypes, les rôles sociaux, les théories implicites de la personnalité accolés à ce groupe par les autres ! En clair, le rejet (pour ne citer que lui) est entretenu autant par les victimes que par les harceleurs ! Mais pourquoi se conformer ainsi aux attentes d’autrui même en son propre détriment ? Tout comme un sujet peut se désidentifier d’un domaine pour lequel il est désavantagé nous l’avons vu, il peut aussi réduire la dissonance vécue en choisissant de se comparer à son groupe d’appartenance qu’il connait bien (même s’il est discriminé) plutôt que de se comparer avec d’autres groupes sociaux. Cette attitude auto protectrice contribue donc à la discrimination, à l’exclusion, dans le but de protéger l’estime (et non pas pour faire plaisir aux éventuels harceleurs ou par tendance masochiste ! Il n’est question dans ce processus que de nos fonctionnement cognitifs naturels car nous cherchons simplement à éviter la dissonnance).

Pour conclure plus largement sur les théories du soi

Même si l’élaboration d’un modèle unique du « soi » demeure une utopie, nous voyons que l’action de faciliter l’intégration sociale des personnes trouve là des fondements théoriques qui se distinguent du sens commun car nous ne naissons pas avec des traits de personnalité et de caractère mais nous les développons largement par le concours de notre environnement. Pour cela, il apparait préférable de mieux étudier le rôle des contextes dans la construction et la dynamique du soi plutôt que de se focaliser tout le temps sur les caractéristiques individuelles des personnes. Cette tendance à l’individualisation, dont l’inconvénient délétère est d’encourager les mécanismes d’autoprotection sur un mode régressif, n’est pas sans rappeler la norme d’internalité dans notre société. C’est-à-dire la tendance que nous avons dans notre société matérialiste à s’attribuer l’origine de nos réussites à notre courage, notre volonté ou notre seule motivation… Ou, au contraire, à attribuer nos échecs à la faiblesse et à la méchanceté des autres…

le soi les autres et la societe

Tous les propos de cet article sont issus du livre que j’ai lu pour vous « Le soi, les autres et la société » de Delphine Martinot, Professeure de psychologie sociale à Clermont Ferrand. L’auteure illustre et argumente ses propos d’une abondante recherche en psychologie dans le domaine du soi, recherche qui s’est d’ailleurs amplifiée depuis les années 70, notamment sous l’influence des sciences cognitives. Le lecteur trouvera, dans ce recueil court (152 pages), plaisant et synthétique, une bibliographie d’approfondie.

Publié le 13/04/2018 par Christophe WARJAS à 12h34.

Christophe WARJAS

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