5 idées reçues qui ont à la peau dure au sujet de la psychanalyse

Erreur n°1 : La psychanalyse est une méthode dictée par les principes de Freud

Sigmund Freud élabora la psychanalyse à partir des années 1900 et continua cette réflexion théorique et pratique jusqu’à sa mort en 1939. Pour cela, il avait autour de lui un ensemble de disciples avec qui, par la controverse et les échanges, il alimentait la construction première de la psychanalyse. Depuis la mort de Freud, un grand nombre d’auteurs continuèrent à nourrir le corpus de connaissances de la psychanalyse, jusqu’à nos jours.

De Freud à nos jours, une longue période s’est écoulée et certains ponts ont pu être tracés avec d’autres pratiques cliniques, psychiatriques, neuropsychologiques, éducatives, médicales… La psychanalyse a permis des bons gigantesques par rapport à la compréhension du psychisme à une époque où tout restait à comprendre. De fait, les apports de la psychanalyse ont permis un développement sans précédent de pratiques psychothérapeutiques, soit en intégrant les connaissances issues de la psychanalyse, soit en s’en distançant, mais toujours en s’y référant au final ! Malgré tout, la psychanalyse d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec la psychanalyse de l’après-guerre. Un psychanalyste formé aujourd’hui ne peut plus travailler sans ignorer l’avancée des connaissances de son temps en matière de santé mentale, et c’est pour cette raison qu’il serait une erreur de considérer Freud comme l’auteur unique de la psychanalyse.

Erreur n°2 : La psychanalyse se pratique en parlant sans que le thérapeute n’intervienne

Le dispositif du divan sur lequel le thérapeute installe son patient et l’invite à laisser libre court à ses paroles est le dispositif historique et classique en psychanalyse. Il se pratique toujours. Toutefois, ce dispositif classique, s’il est imposé sans aménagement, peut faire vivre de l’incompréhension ou voire même un rejet total de la part du patient. Il est à comprendre que la position du thérapeute en arrière du patient est choisie pour stimuler l’imaginaire du patient, qui, en ne voyant pas les réactions du thérapeute, doit les imaginer et ainsi révéler ses schémas profonds fantasmatiques inconscients. La position du divan n’est pas destinée à tous, c’est pourquoi il peut être proposé d’autres dispositifs plus appropriés aux capacités fantasmatiques du patient de façon à accompagner au mieux chacune et chacun à l’écoute de ses processus psychiques. Par exemple, l’entretien de face à face peut être pratiqué par un psychanalyste, le travail en groupe, l’intervention sur le terrain comme dans la cité, la rue, l’entreprise… Aujourd’hui, la téléconsultation se développe et doit prendre sa place dans l’arsenal de méthodes des psychanalystes. Ainsi, en fonction de chacun, l’aménagement du dispositif avec le consentement du patient font partie intégrante de la cure.

Erreur n°3 : La psychanalyse nécessite des années et des années de cure

La question de la durée de la cure psychanalytique est aussi une représentation qui a la vie dure au sein du grand public. Pour autant, le patient doit rester maître de ses décisions et du temps qu’il y consacre. Prendre un premier RV chez un psychanalyste (ou chez tout autre professionnel de la santé mentale) est déjà vécu par nombre de personnes comme une première épreuve, il ne s’agirait pas de transformer ce premier effort en piège se refermant sur le patient ! Au contraire, interrompre momentanément un suivi ou l’arrêt d’une cure nécessitent justement un espace de parole dans lequel le patient se sent autorisé et responsable de décider pour lui-même. Un thérapeute qui entretiendrait les dépendances de ses patients à son égard ne comprendrait pas la puissance qui se cache derrière la décision de voler de ses propres ailes. Un thérapeute conscient de cela vit toujours bien le départ d’un patient qu’il a accompagné quelques temps. La cure est un travail à deux, thérapeute et patient, dans lequel chacun doit prendre sa juste place sans abus, ni contrainte.

Erreur n°4 : La psychanalyse est chère, son coût est prohibitif pour les petits porte-monnaie

Nous entendons régulièrement des histoires de personnes se faisant extorquer des sommes considérables en suivant une thérapie chez un thérapeute à succès, en achat de livres, en participations à des séminaires ou pour des cures qui n’en finissent jamais… Nous venons de voir qu’une cure respectueuse et éthique ne considère pas une cure longue comme un signe d’efficacité, bien au contraire, puisque c’est justement une cure dans laquelle le désir et la responsabilisation du patient sont mises en avant qui sera à même d’amener des processus salvateurs chez le client. D’autre part, pour les personnes à budget restreint, car traversant du chômage, une perte d’argent, un changement de situation, ou avec des revenus ultra modestes, certains psychanalystes intègrent la décision du prix lorsque la situation l’impose comme faisant partie de la cure elle-même. Il est faux que de payer une consultation très chère soit associé au fait de développer une haute estime de soi. Ce n’est pas en payant cher qu’on s’accorde de la confiance en soi. Si la consultation est chère, deux interprétations sont possibles : soit vous avez à faire à une personne experte dans son domaine ou soit vous avez à faire à une personne qui aime l’argent ou qui est un escroc ! Par contre, de décider du prix que vous aurez à acquitter pour vos séances en affrontant la discussion avec votre psychanalyste peut générer des processus psychiques inattendus et vraiment salvateurs ! Après, tout travail a un coût, car même chez un médecin vous devez conserver un reste à charge que la Sécurité Sociale ne rembourse pas. Et une assurance santé se paye à l’avance et non après que vous ayez consommé ou non des soins. Pour ce qui est de la psychothérapie, il en est de même, cela ne peut être totalement gratuit à condition que ce coût respecte vos revenus de subsistance.

Erreur n°5 : La psychanalyse est totalement dépassée, voire même dangereuse

Comme je l’ai exprimé dans la première partie, la psychanalyse a considérablement évolué. Certaines représentations vieillottes au sujet de la psychanalyse sont à corriger. Les personnes qui s’y complaisent, qu’elles soient du grand public ou des professionnels de la psychanalyse, ont quelque chose à défendre, à vendre ou à valoriser en échange de la psychanalyse. Il est une technique de commerce et de marketing qui consiste à abaisser l’image d’un premier produit pour valoriser le second qui est en vente. De la même façon qu’un psychanalyste qui se réclamerait uniquement de Freud en respectant point par point ses principes serait un bien piètre psychanalyste qui n’aurait rien compris à l’évolution des connaissances du psychisme depuis un siècle. Aujourd’hui, la pratique de la psychanalyse est inévitablement plurielle, intégrative et contemporaine, tant par le dispositif d’accueil qui ne peut se réduire au seul divan, mais également au bagage théorique et conceptuel qui doit tenir compte de toutes les avancées modernes sur la connaissance du corps humain, du cerveau, de la santé mentale et des sciences humaines. Un psychanalyste qui se présente psychanalyste aujourd’hui, parce qu’il faut bien se présenter sous une appellation, est un professionnel de l’écoute des processus psychiques inconscients et de la croissance personnelle qui met en application une connaissance contemporaine du psychisme inspirée par la psychanalyse. Il peut être médecin ou non, psychologue ou non, bénéficier ou non en outre du statut de psychothérapeute (selon la loi de 2010), mais dans tous les cas, il a reçu une formation de plusieurs années et entretient des liens avec sa corporation au moins par une supervision avec un autre thérapeute plus expérimenté que lui ou par des groupes d’analyse de pratique. Selon les cas, il peut adhérer ou non à une association de psychanalystes, mais ces associations n’ont pas un caractère de validation par l’Etat. La qualité du parcours du psychanalyste, son éthique, sa supervision, l’analyse qu’il voue à sa pratique professionnelle constituent des garanties sur lesquelles d’ailleurs il peut être questionné par ses clients lors d’un rendez-vous. Comme pour tout autre métier, le seul diplôme ne suffit pas…

Article publié par Christophe WARJAS, le 26 juin 2018 à 20h08

Psychologue & Psychanalyste

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